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mercredi 21 juin 2017

A l'envers, encore

Chez Baselitz, cette fois-ci il s'agit d'une "Descente". C'est en effet le nom de l'exposition, maintenant terminée, proposée à la galerie Thaddaeus Ropac de Pantin ce printemps. Une descente dont on nous dit qu'elle se réfère à celle de Marcel Duchamp avec son "Nu descendant  un escalier", de 1912. 


Ici sont présentées des oeuvres datant de la vieillesse actuelle du peintre (son quatre-vingtième anniversaire). Il commente cette période: "Je me suis de plus en plus replongé en moi-même pour en tirer tout ce que je fais... Je peins entre moi et moi-même et sur nous deux."


Cette descente ressemble beaucoup à une perspective à l'envers. Les motifs à l'envers sont devenus nombreux en effet dans l'oeuvre de Baselitz depuis les années 60. Et il propose de relire ses tableaux toujours en transformations et en variations.


On y voit peu à peu sa femme qui descend, elle aussi... Seule ou avec lui... Un parcours vers la vieillesse qui se fait à deux. Têtes en bas, jambes en l'air...


Il y a de l'envers aussi chez "L'homme qui tombe",  roman de Don Delillo que je lisais au moment de l'exposition. Celui-là est venu résonner avec ceux de Baselitz en écho avec ceux des twin towers, si nombreux à se jeter de leurs fenêtres!


Dans le roman de Delillo en effet un homme tombe aussi en laissant le lecteur troublé quant à la nature de cette chute qui réapparait à plusieurs reprises au cours du roman. Celle-ci réveille les souvenirs de la catastrophe aussi bien chez le lecteur que chez les personnages du roman. Elle semble dire le mélange du fantasme, du souvenir avec le réel du présent, difficile à accueillir. Cela s'éclaire au fur et à mesure des pages. Mais ce trouble donne une ampleur bouleversante au feuilletage des temps dans la vie psychique et traumatique racontée par le romancier!


Partir à la renverse semble maintenir vivant Baselitz. Renverser ses oeuvres... Me revient en mémoire l'homme de Giacometti, celui qui chavire et n'en finit pas de poursuivre son mouvement de chute avec la grâce d'un danseur. Du moins c'est ce que j'ai gardé comme souvenir de cette oeuvre présentée lors de l' exposition du Musée d'art moderne de la ville de Paris, il y a plus de vingt ans. Cette chute cependant se fait à partir du sol. Comme celles de toutes ces oeuvres qui jouent avec le renversement, chez les chorégraphes, par exemple, Pina Bausch, Maguie Marin... et comme la chute annoncée dans cette photo vue au Crac de Sète où l'artiste s'assied, ni à l'endroit ni à l'envers, nous amenant à retenir notre souffle: il va tomber, c'est sûr! Comment tient-il assis de la sorte? (cf article du blog du 26/05/2016 "Sète à la renverse" avec la photo de Philippe Ramette).


J'ai pensé aussi à ces acrobates du fil qui cherchent à marcher sur l'eau ou sur l'air, peut-être. Celui que j'ai vu dernièrement s'entraînait à petite hauteur au-dessus de la mer et pourtant cela semblait vertigineux, vu d'en haut!


La photo ci-contre du plongeur jambes en l'air ne laisse pas bien voir qu'il tombe d'un fil accroché entre deux rochers. Je regarde les postures des acrobates qui se succèdent au fur et à mesure de leurs essais: s'asseoir sur le fil, une jambe pliée, l'autre prête à monter à son tour rejoindre la première, alors que le fil balance; tenter de monter debout, se tenir debout sur le fil en tanguant, et tomber... et remonter... et recommencer...


Il y a dans l'art de la chute quelque chose de similaire à l'art de voler, peut-être. On y risque gros mais c'est saisissant aussi pour celui qui regarde!











jeudi 23 octobre 2014

Au présent de l'enfance et des mythes




Le Paradis
Parmi les artistes, peintres, écrivains, cinéastes, metteurs en scène, il en est qui jouent volontiers avec les grandes figures mythologiques, les grands récits. Certains le font  sans emphase, avec un art du jeu propre à l'enfance. Emane alors de leur oeuvre une étrange gravité alliée avec la grâce. C'est ce qui m'a touchée particulièrement dans "Le paradis" d' Alain Cavalier.


Avec quelques bouts de ficelle, bouts de bois, bouts de legos, comme des bouts de choses imprévisiblement assemblés, voilà que ce joueur, conteur, poète, réalisateur fait vivre devant nous de grandes figures mythologiques et religieuses, de grandes questions existentielles. Et le spectateur se trouve bientôt compagnon de jeu d'Ulysse, de Job, du Christ et des autres, tout en participant à l'enterrement d'un "petit paon", sorte de célébration de la nature.


"Le paradis" d'Alain Cavalier m'a rappelé l'impression étrange éprouvée à l'exposition d'oeuvres du sculpteur Anthony Caro à la galerie Templon en Septembre dernier à Paris. J'ai mis du temps à accueillir ce qu'elles venaient faire en moi. Il a fallu que je laisse agir ces compositions hybrides, ces invraisemblables constructions de bric et de broc aux matériaux métalliques mêlés parfois de bois et d'autres matières.


En laissant "prendre" ces sculptures en moi, en les reconstruisant après-coup avec mes photos et en lisant de la documentation sur l'artiste, j'ai rencontré le plaisir de ces imbrications en échafaudage, le plaisir de partager ces formes machiniques et pourtant presque animales, d'y accéder.


Tous ces grands constructeurs de l'enfance ont bien quelque chose en commun. Tinguely, Niki de Saint Phalle,.. Je me rappelle aussi les chocs éprouvés devant les grands bois sculptés de Baselitz. Presque écrasée, d'abord, devant eux, puis haussée à leur taille et invitée à me mesurer à eux, à ces géants de nos enfances. "On dirait que tu serais... et moi je serais..." et nous voilà partis vers d'autres mondes et d'autres dimensions.



Détails sur le produitPourtant quelle présence ils ont, ces bois!   Quelle capacité à nous faire vivre un intense présent avec eux! Brassage des mondes, grands et petits, sérieux et ludiques, anciens et nouveaux. Il y a bien, dans les géants de Baselitz, quelque chose du petit robot Ulysse d'Alain Cavalier... petit robot rouge chuchoté par le poète et filmé par le conteur...


Ici on ne regarde pas en arrière car tout est rendu présent. Cela se passe maintenant. Comme une éternité. Et naturellement, ce présent-là se joue de l'actualité: "Le paradis" se donne peut-être encore dans quelques salles parisiennes. L'exposition Anthony Caro, c'était en Septembre, quant à Baselitz au Musée d'art moderne de la ville de Paris, c'était il y a trois ans. Mais c'est aujourd'hui qu'ils se sont rejoints en moi. Je n'ai pas eu besoin de regarder en arrière, ils étaient là! Un peu comme le dit Alain Cavalier dans un entretien à la radio , "que la vie vienne et que je n'aille pas vers elle".