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jeudi 5 octobre 2017

Comment vivent les objets?

Le travail des artistes avec la matière, les objets, l'espace, est  inépuisable. Une nécessité d'inviter le spectateur, le regardeur, à voyager avec les oeuvres au-delà du premier regard. 

Par exemple, en ce moment à la galerie Thaddaeus Ropac, rue Debelleyme, à Paris, vous ne voyez d'abord qu'un grand espace blanc dans lequel sont disposés des blocs de granit noir en forme d'oeuf. Leur rondeur éclate sur le fond blanc des murs. 

Pourtant ce qui se présente d'abord comme blanc des murs apparaît ensuite fait de toiles blanches disposées côte à côte. Mais en prenant le temps de poser un peu plus son regard, le spectateur distingue du blanc dans le blanc, des formes géométriques blanches dans le fond blanc des toiles. Entourant les oeufs de granit noir, ces blancs porteurs de formes et d'inscriptions à peine visibles, offrent un rebond aux rondeurs des oeufs. Et ceux-là semblent même se mettre à rouler avec nous dans cet immense espace. 

L'artiste, Wolfgang Laib, aime aussi énoncer des phrases, des propositions qu'il adresse à ceux qui regardent ses oeuvres. Elles sont intégrées aux tableaux blancs, écrites au crayon, prêtes à s'effacer. Par exemple: "He does not do. Yet all is done". La notice indique les liens étroits de l'artiste avec l'Inde et l'Asie du sud-est. Mais on peut se laisser interroger sans informations partoculières par ce travail aux prises avec le vide et l'effacement, même s'il peut laisser un étrange goût de blanc intérieur...

Une imprévisible confrontation est possible avec l'oeuvre de Georgio Morandi présentée juste à côté à la galerie Karsten Greve. Un autre rapport au vide, à la matière, aux objets. Une autre époque aussi.

Les bouteilles et les pots de Morandi semblent voués à une forme d'éternité. Immobiles mais semblant traverser les temps, traverser aussi les corps des regardeurs. Ils nous regardent! Ils regardent chacun d'entre nous, nous sollicitent vivement jusqu'au coeur de notre émotion, de notre trouble, de notre sentiment d'existence. De quelle existence sont-ils habités pour nous rencontrer ainsi? Jusqu'où cherchent-ils à nous habiter?

Les droits d'auteurs m'empêchent d'en donner une illustration. Mais voici l'information de la parution d'un livre récent sur l'artiste, publié en anglais en Juin 2017, par Laura Mattioli, aux éditions David Zwinner (en anglais).

lundi 15 décembre 2014

"Merveilleux" Castellucci!



"Merveilleux", oui, au sens initial de l'usage du terme et qu'on retrouve dans l'expression "contes merveilleux". Rien à voir avec quelque chose "à l'eau de rose" comme lorsqu'on renvoie avec mépris les "contes de fées", supposés "se terminer toujours bien". Plutôt "la merveille" porteuse d'effroi et d'extraordinaire.


Le metteur en scène a proposé trois spectacles au festival d'automne dont une nouvelle vision du "Sacre du Printemps" à la cité de la Villette récemment. Quelle audace! quelle incroyable façon de jouer avec nos frayeurs d'enfants et nos émerveillements mêlés (là est la merveille)! Quelle capacité à travailler ensemble image, son, mouvement!



Nos repères les plus intimes sont atteints. Nous devons accueillir le dérangement intérieur que provoque ce que nous croyons reconnaitre sur scène. Là où nous sommes habitués à repérer des projecteurs, voilà que leur disposition s'impose pour en faire des acteurs, sortes de machines aux yeux rouges dont on se demande ce qu'elles regardent en nous, les spectateurs. 


bouteilles de Georgio Morandi
Parmi elles apparaissent des sortes d'arrosoirs, comme des jouets d'enfants, qui vont peu à peu entrer en danse. Mais ils portent bientôt la puissance d'une armée à l'assaut et je crois y retrouver certaines bouteilles de Georgio Morandi massées les unes contre les autres, prêtes à fondre sur vous.


J'y éprouve aussi quelque chose de cet ébranlement incroyable face aux paquebots sétois dont j'ai rendu compte dans "Rue Freud". Danse des matières avec les machines et l'univers sonore. Danse à la rencontre de nos intérieurs, physiques et fantasmatiques...


Nous sommes peu à peu exposés à des éruptions de lumière, au rythme de la musique de Stravinski, qui réveillent sûrement en chacun des spectateurs le souvenir des chorégraphies du "Sacre" qu'il a pu voir précédemment, celles de Maurice Béjart ou de Maguy Marin, par exemple. Peut-être réveillent-elles aussi nos premiers émerveillements d'enfant devant de grands feux d'artifices. Elles ont réveillé en moi encore le souvenir bouleversant de l'exposition Bill Viola, l'hiver dernier à Paris (Cf article sur ce blog). Je ne sais s'il y a une connivence explicite entre ces deux créateurs.

 
Exposition Bill Viola Grand Palais
Voilà une rencontre entre jeux d'enfants, monde mythologique, haute technologie, dont Castellucci est coutumier (voir aussi le récent "Go down Moses") et qui réussit à donner corps à la cohabitation de tous ces mondes en nous, minéral, machinal, animal, culturel. Mais ici, aucun humain sur scène, sauf à la fin, quand la musique du "Sacre" a cessé... et que le spectateur ne sait si le spectacle continue. Du coup, pas d'applaudissements... Là encore, nos repères vacillent.


Les critiques expliquent beaucoup d'autres éléments de cette création, très élaborée dans la pensée de Castellucci.  Ici je préfère m'en tenir à des résonances. Elles en appelleront d'autres, peut-être...