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jeudi 30 mars 2017

Babel

Les questions soulevées par les affaires de traduction sont multiples, passionnantes, et relèvent de disciplines différentes. Le terme de traduction est utilisé parfois au sens propre, par rapport aux langues à traduire dans la vie courante ou à partir de textes à diffuser dans différentes langues. Mais on l'utilise couramment aussi de façon métaphorique, lorsque l'on évoque par exemple la création d'oeuvres supposées traduire un univers, une pensée, un affect. 

Dans l'exposition du Mucem, "Après Babel, traduire", exposition hélas! déjà terminée, c'est le mythe de Babel qui sert de référence à ces multiples usages. L'un des exemples proposés est particulièrement savoureux et reprend cette expérience que chacun d'entre nous a pu faire en cherchant par Google comment traduire un texte ou une phrase.  J'en avais moi-même proposé un sur ce blog (  5 Juillet 2015 "Questions de traduction").

Il s'agit ici, entre autres, des traductions françaises du poème d'Edgar Poe "Le corbeau" par Baudelaire, Mallarmé, Pessoa et... Google en français supposé! Cela donne pour la première strophe:

Par Baudelaire:
"Une fois sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d'une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement comme de quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre."

Par Mallarmé:
"Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m'appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié- tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque: soudain se fit un heurt, comme de quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre-"

Par Google:
"Une fois sur un tristesse minuit, tandis que je méditais, faible et lasse, Au-dessus de beaucoup d'un volume curieux et curieux de lore-  Pendant que je hochais la tête, presque la sieste, tout à coup, Comme d'un coup doucement, frappant à la porte de ma chambre."


D'autres propositions savoureuses égrenaient cette exposition que l'on pourra toujours retrouver dans le catalogue. Par exemple, ces reproductions de couvertures des albums de Tintin dans plusieurs langues... Ou encore la traduction en langue des signes des mots plus ou moins "chargés" de notre vocabulaire quotidien: amour, culture, etc.

Ce travail est le fruit de collaborations diverses dont celle de Barbara Cassin avec Nurith Aviv: on pouvait voir le film ""Signer en langues", présenté dans l'exposition. Elle-même a réalisé un superbe documentaire "Traduire" en 2011 et que j'ai évoqué aussi sur ce blog.

Retrouver la mobilité de la langue sous toutes ces formes est tout à fait jubilatoire comme lorsque on est transporté par les mots d'un poète, d'un sculpteur de la langue. J'en ai fait écho prédemment à propos de Jean Oury filmé par Martine Deyres à la clinique de La Borde dans "Le sousbois des insensés" (cf mon article du 2 Mars dernier "Possibles futurs, encore").

L'exposition du Mucem est non seulement scientifique mais politique, nous dit Barbara Cassin dans la présentation mais l'humour qui traversait toute l'exposition était bien à la mesure de ce qu'en psychanalyse on peut éprouver de tous ces mouvements psychiques énigmatiques, des ratés de la langue, de ses oublis et de ses surprises...




dimanche 5 juillet 2015

Questions de traduction

La pratique du blogger expose à des surprises multiples provoquées parfois par les commentaires. Ils sont rares sur "Rue Freud", mais ils empruntent parfois des chemins improbables. J'avais ainsi rendu compte des échos qui m'étaient parvenus au sujet de l'article que j'avais publié sur le peintre Fautrier ("L'Enfer de Fautrier 2", 27 Décembre 2014 ).

 Il y a aussi des plaisantins de la toile qui s'essayent à vous encombrer et je ne les publie pas. Mais récemment un commentaire en anglais m'a été proposé pour l'article "la femme de Loth en guerre" que je n'ai pas publié non plus mais qui m'a laissée perplexe. N'étant pas sûre de ma propre traduction anglaise, j'ai voulu, à titre expérimental, et sur le conseil amusé d'amis et collègues à qui j'en parlais, guère plus anglophones que moi, semble-t-il, me référer à une traduction sur Google du texte anglais en question:

Hey just wanted to give you a quick heads up. The words in your post seem to be running off the screen in Opera. I’m not sure if it is a formatting issue or something to do with internet browser compatibility but I thought  I’d post to let you know. The lay-out look great though! Hope you get the issue fixed soon. 

Ce qui a donné:

Hey je voulais juste vous donner un heads up rapides. Les mots dans votre poste semble être exécutés hors de l’écran dans Opéra. Je ne suis pas sûr si cela est une question de mise en forme  ou quelque chose à voir avec internet la compatibilité du navigateur, mais je pensais que je poste à laisser vous savez. La disposition fière allure si! Espérons que vous obtenez la question fixe bientôt. lauriers 


Quelle leçon! Non pas à propos de "l'allure", même "fière", mais plutôt de ce qu'est une tournure de langage, en somme, de ce qu'est une langue, une forme d'ensemble qui témoigne d'un alliage, d'une façon de lier, d'articuler, qui dit une mobilité, organisée mais souple...  Pas de logique binaire, pas de mots pris comme des chiffres, dans le travail de la langue, ni parlée ni écrite!


On peut se désoler de ce traitement fait à une langue, pourtant nous en avons tellement ri! Et puis on peut aussi regarder sur une page du journal "Le monde" accessible sur internet comment se conjugue le verbe traduire... Oui... Nous aurions pu traduire... Mais il fallait que je traduise... Nous aurions préféré que vous ne traduisiez pas... Allons-y, traduisons! Et si cela vous dit, allez donc à la recherche du "traduisissions"...


Finalement je préfère vous rappeler l'existence de ce beau film paru en DVD, magnifique approche des questions de traduction avec des témoignages mais aussi une très belle mise en images; et penser à la traduction au sens où elle peut s'entendre avec tout travail de création.