Dans Histoire d'Irène, Erri De Luca distille de petites merveilles
d'écriture avec une incroyable fluidité qui donne de la joie. Pas de
clivage entre le corps, la nature, l'histoire, la politique, la langue,
les textes, la culture. Une liberté de mouvement qu'incarne aussi son
personnage d'Irène. Une écoute de la respiration du corps, de l'autre,
du monde.
J'y ai lu des mélodies sur les corps, les dos, la verticalité
de nos gestes et leur horizontalité, ceux qui s'accrochent à la
terre ou au corps maternel, et ceux qui se laissent emmener dans une fluidité liquide.
Et j'y ai éprouvé les fulgurances de nos renversements au-devant et en arrière qui ouvrent encore d'autres horizons sur la femme de Loth et les thématiques tissées autour d'elle. Décidément, elle ne cesse de changer de forme et de matière, de se "désempierrer", cette femme de Loth!
Et j'y ai éprouvé les fulgurances de nos renversements au-devant et en arrière qui ouvrent encore d'autres horizons sur la femme de Loth et les thématiques tissées autour d'elle. Décidément, elle ne cesse de changer de forme et de matière, de se "désempierrer", cette femme de Loth!
Ainsi,
je n'avais jamais pensé que "le rameur" est une figure exemplaire des
interrogations sur le mouvement de regarder devant ou derrière soi en
avançant: en effet il tourne le dos à sa direction et reste
orienté sur ce qu'il quitte.
Cela donne quelque chose comme un poème chez Erri De Luca: "Le rythme
des rames et des poumons rappelait au sous-lieutenant le pas des marches
en montée. Il se voûtait comme sous son sac à dos, mais la position du
rameur sur un bateau qui avance en regardant en arrière est plus belle
et plus étrange. Le dos tourné vers l'arrivée ne permettait pas
d'évaluer l'approche. Il ponctuait bien en revanche la distance depuis
la terre ferme prisonnière. Il souriait de la voir s'effacer dans le
noir en même temps que les mille deux cents jours de guerre." (p 100, Histoire d'Irène, Gallimard 2013).
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