"Mythes et contes sous transfert" est le titre que j'avais donné à un article publié par la revue Le coq Héron (n°200, 2010). J'y travaillais sur la place de ces références partagées que sont les contes ou les mythes, dans le déroulement de certaines analyses et dans le transfert. Avec cet article, l'exemple portait sur la référence au conte de "La Belle au bois dormant" de Charles Perrault. Et cela un peu sur le même principe que l'histoire de la femme de Loth pour l'exemple développé dans Rue Freud.
Après-coup m'apparaissent des différences importantes dans la façon dont ces références ont pris place dans le transfert. Avec le conte de la Belle au Bois Dormant amené par une analysante, j'étais confrontée à un récit que j'avais déjà abondamment travaillé, notamment dans le cadre universitaire. Rien de tel avec la femme de Loth: elle était d'abord restée dans ma mémoire aussi figée que ce que sa métamorphose en statue de sel avait fait d'elle!
C'est ainsi que la Belle au Bois Dormant s'était une nouvelle fois éveillée en moi grâce à la place que lui avait donnée cette analysante, alors qu'elle avait déjà subi quelques métamorphoses dans ma vie universitaire et longuement cheminé avec ma pensée et mes fantasmes. Constatant après-coup ce parcours, j'ai même pensé que cela pourrait faire un jour matière à un livre. Non pas seulement parce que ce conte semblait devoir me donner encore et toujours de quoi travailler, désormais en tant qu'analyste, mais surtout parce qu'il s'avérait inspirer encore bien d'autres que moi et cela malgré son caractère apparemment désuet, bien éloigné de nos univers psychiques d'aujourd'hui... Un conte particulièrement apte à traverser les temps et qui pour cette raison pourrait me donner encore à écrire...
L'une endormie, l'autre pétrifiée, voilà deux héroïnes assez proches l'une de l'autre. Toutes deux inscrivant des temporalités problématiques et pas seulement "merveilleuses"... Pourtant la femme de Loth, grâce à une situation transférentielle, s'est introduite dans ma vie psychique alors qu'elle n'y avait jusque-là pris aucune place, enfin... aucune place consciente, devrais-je dire. C'est un peu comme si j'avais dû accueillir un nouvel hôte dans ma vie psychique.
Au contraire, avec la Belle au Bois Dormant j'avais dû accepter de modifier mon accueil d'un hôte familier, accepter qu'il me devienne presque étranger au fur et à mesure de ce que le transfert lui faisait vivre... Finalement je n'ai pas écrit tout un livre sur la femme de Loth, seulement une partie importante de Rue Freud, mais elle m'a cependant permis de trouver le fil rouge de mon travail sur le retournement derrière soi. Et il semble bien que je n'en aie pas fini avec elle...
Cette reproduction librement inspirée du conte de la Belle au Bois Dormant est extraite de mon livre Sept familles à abattre Essai sur le jeu des sept familles et provient d'un jeu de cartes du Musée français de la carte à jouer d'Issy les Moulineaux, intitulé "Les fabliaux". Ce jeu présente une adaptation des contes de Perrault en jeu des sept familles.