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samedi 18 janvier 2014

De la femme de Loth à sa femme de sel



Comment passer de "la femme de Loth" à "la statue de sel"? En contractant les deux formules en une seule: "la femme de sel"...

Mes pérégrinations avec la femme de Loth ne semblent pas terminées malgré la fin de l'écriture de mon livre. Lorsque j'entends parler d'elle, je suis encore aux aguets, presque en arrêt! Par exemple, une collègue m'écrivant un courriel au sujet de mon livre évoquait Loth et "sa femme de sel". Je n'avais encore jamais entendu ni lu cette formulation. "La statue de sel" ou "la femme de Loth" sont plus familières.
  

Il me semble que "sa femme de sel" ouvre d'autres horizons. En effet la statue de sel est-elle encore la femme de Loth? Disparaissant du récit biblique en tant que personnage dès lors qu'elle est devenue statue de sel, la femme de Loth a en quelque sorte passé le relais à ses filles: ce sont elles qui feront l'épouse, désormais, après l'immobilisation de leur mère, qui feront les épouses de leur père, et assureront sa descendance. Alors, parler de Loth et de "sa femme de sel" peut redonner à celle-ci un autre statut auprès de son mari, lui redonner une existence à ses côtés, toute de sel soit-elle... Loth désormais rattaché à sa femme de sel échappera-t-il aux effets de sa pétrification saline ? Le récit biblique semble totalement muet sur ce sujet. Pourtant certaines conséquences généalogiques découleront de l'inceste pratiqué par les filles avec leur père, après la disparition de la femme de Loth.

 Les surprises de la recherche offrent parfois des rebonds savoureux ! En effet j'ai lu le courriel en question avec "sa femme de sel" juste après avoir commencé la lecture de Abattoir 5 de Kurt Vonnegut, au programme du séminaire de Jean-Max Gaudillière et de Françoise Davoine, cette année à l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales) à Paris. Or dès la trentième page, dans l'édition de la collection Points Seuil en traduction française, il est justement question aussi de la femme de Loth... Encore au début de ma lecture de ce roman, je ne peux mesurer la portée de cette référence. J'ai l'intuition qu'elle va se révéler peu à peu.

Voici comment elle se résume sous la plume à l'humour jaune de Vonnegut alors qu'il peine tant à écrire sur le bombardement de la ville de Dresde pendant la 2ème guerre mondiale (il l'a vécue lui-même en tant que soldat américain fait prisonnier). Il écrit même à son éditeur: "Il n'y a rien de raisonnable à dire d'un massacre. Tout le monde est censé mourir pour ne plus jamais désirer ou affirmer quoi que ce soit. Tout doit être silencieux au lendemain d'une boucherie, et l'est en fait, les oiseaux exceptés. Que chantent donc les oiseaux? Ce qu'on peut chanter à propos d'un carnage, des choses comme "Cui-cui-cui". Le narrateur raconte alors son retour à Dresde après la guerre, avec son compagnon de captivité. Pour cause d'intempéries, il attend à l'hôtel leur avion immobilisé:

 "J'ai parcouru la Bible de la chambre du motel à la recherche de vastes destructions:  
Le soleil se levait sur la terre, lorsque Lot entra dans Tsoar. Alors l'Eternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu, de par l'Eternel. Il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes, et les plantes de la terre. 
C'est la vie.
Les habitants des deux cités étaient des êtres dépravés, c'est bien connu. Le monde débarrassé d'eux ne s'en porte que mieux. Et la femme de Loth, on le sait, reçut l'ordre de ne pas diriger son regard vers ces gens et leurs demeures en ruine. Mais elle le fit, et je l'aime pour cela, c'était tellement humain. C'est pourquoi elle fut changée en statue de sel.
C'est la vie.
On n'a pas l'idée de regarder en arrière. Je ne recommencerai jamais, vous pouvez m'en croire. J'ai maintenant terminé mon bouquin de guerre. Je m'amuserai plus avec le suivant. Celui-ci est raté, c'était prévu, puisqu'il est l’œuvre d'une statue de sel. Il débute de cette façon: Écoutez, écoutez, Billy Pèlerin a décollé du temps Et s'achève sur : Cui-Cui-Cui? " 
 
Enigmatique ! A suivre...

vendredi 27 décembre 2013

Sous la vague, la femme de Loth



Cette sculpture de Camille Claudel a-t-elle un lien avec la femme de Loth? Oui. Elle ne la représente pas directement mais elle s'intitule "La vague". Elle a pris une place écrite dans Rue Freud et je lui redonne ici une place photographique. 

En situation transférentielle analytique, il est possible de passer, dans les associations d'idées d'une analysante, de la vague d'un rêve à la femme de Loth en colonne de sel. Puis celles-ci peuvent se prolonger dans les associations de l'analyste avec des oeuvres artistiques ou littéraires : ainsi dans l'exemple de Rue Freud, celles de Rodin, ses faunesses, et de Camille Claudel, sa vague, jusqu'à celles d' écrivains interpellés eux aussi par cette femme de Loth comme Daniel Mendelsohn.



Ce sont des chemins imprévisibles tracés au vif des séances analytiques. Ils se poursuivent après-coup au quotidien de la vie mais aussi dans des parcours éventuels d'écriture.



Les vagues racontées en rêve prennent elles-mêmes des formes changeantes, au fil des récits faits par les analysants. Elles apparaissent comme des variations sur un même rêve, tels ces angles de vue différents présentés sur une même sculpture. Ici la vague de Camille Claudel s'est d'abord offerte à mon regard comme une invitation à la danse, alors qu'elle donne consistance à un mouvement beaucoup plus inquiétant, sous ce second angle, déjà presque écrasant...