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mercredi 14 février 2018

Les refuznicks

Il y a d'abord la guerre, partout! La guerre sous toutes ses formes à travers le temps et l'espace. Il y a ses effets directs, indirects, collatéraux, méconnus, inconnus, camouflés, étudiés, révélés. Les regards se modifient, la mémoire s'efface ou s'enrichit selon les époques et selon ses niveaux, familiaux, nationaux, ou relevant plutôt de l'inconscient psychique. Il y a les comptabilités sélectives, les nombres de morts, les chiffres des coûts en argent, en handicaps physiques, en déplacements de populations, en famines, en exils, et les coûts psychiques.


Une récente exposition à la Maison de l'image documentaire de Sète (MID) nous a offert encore un  regard particulier sur ces guerres: celui des opposants, objecteurs de conscience, déserteurs, démissionnaires, mutins, lors des guerres de 14-18, d'Algérie et au sein de l'armée israélienne.


Panorama saisissant du prix à payer pour s'être opposé, prix en représailles, exécutions, dégradations par les Armées, mais aussi en déchirements intérieurs, en humiliations, en doutes, en traumatismes devant le renversement des accusations: refuser de trahir les siens en acceptant les abus de l'Armée étant considéré comme un acte de trahison du point de vue de l'Armée elle-même: un militaire doit seulement obéissance à ses chefs. 


L'exposition montre quelques photos de soldats ayant causé des mutineries pendant la Grande Guerre et qui furent "fusillés pour l'exemple", au nombre de 740. Et l'on découvre aussi des monuments aux morts inhabituels comme celui de Saint-Martin d'Estreaux, érigé 1922 mais inauguré seulement en 1947, à cause des désaccords qu'il soulevait et des dégradations dont il était l'objet(photo ci-contre).


Le travail psychique sur les traumatismes de guerre a permis de faire apparaître notamment la place essentielle de la trahison par les chefs dans la gravité des effets traumatiques pour les combattants, ceux du Vietnam, en particulier. (Cf les travaux des psychiatres américains repris par les psychanalystes français Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière et ceux du psychanalyste anglais W.R.Bion, souvent cités sur ce blog). Mais les traumatismes de guerre passent par de multiples voies à travers les générations, alourdissant peu à peu le poids du silence avec celui d'une honte indicible.



La situation des israéliens est tout à fait singulière puisque leur engagement dans l'armée fait partie de la citoyenneté. Le désengagement peut donc avoir des conséquences extrêmement graves pour chacun, dès leur jeune âge, mais aussi déchirer les familles elles-mêmes. Le photographe Martin Brazilai a photographié nombre de ces opposants à la guerre et leur histoire est consignée à côté de chaque portrait dans un beau livre édité par Amnesty international en 2017, "Refuznicks" (Editions Libertalia).


La préface d'Eyal Sivan est très instructive. Il explique notamment que ne pas faire l'Armée, ne pas avoir de numéro personnel et ne pas appartenir à une génération identifiée par son label guerrier signifie qu'on n'a pas passé le rituel d'initiation collective indispensable pour devenir un(e) israélien (ne) à part entière. Un beau travail qui articule celui du photographe, celui de l'éditeur du livre, et celui des responsables de l'exposition.



mardi 7 février 2017

Retournements et soulèvements

Dans des émissions de radio successives, j'entends coup sur coup des formules de langage ou des appellations qui viennent faire résonner ce que mon livre Rue Freud a abordé sur l'interdit de se retourner derrière soi, le retournement et le renversement.


C'est d'abord une expression de comptabilité financière semble-t-il, "à fonds renversés ", qui vient tout de suite susciter en moi de multiples images; mais n'en trouvant pas d'écho sur internet, j'ai pensé que j'avais mal entendu. Puis juste après, dans une autre émission, il est question des "retournés" à propos de réfugiés revenus dans leur pays. Et j'apprends en effet l'existence d'un film, "Les retournés", sur un camp de réfugiés au Tchad ayant fui la guerre civile centrafricaine à la fin de l'année 2013. Etrange appellation qui peut s'entendre au sens symbolique, celui qu'on entend aussi dans l'expression "en être tout retourné". Sauf que dans l'usage évoqué ici la dimension tragique est essentielle, alors que dans le langage courant l'image touche au genre du "grotesque"et à l'imagerie populaire du monde à l'envers.



Puis s'impose à nouveau à ma mémoire l'image d'un passage de la mise en scène de Roméo Castellucci pour Moïse et Aaron, opéra de Schönberg donné en 2014 à l'Opéra Bastille de Paris (cf article du blog du 15/12/2014). L' univers très onirique proposé par le metteur en scène, comme pour beaucoup de ses créations, met le spectateur aux confins du sommeil, du rêve, du fantasme, de l'hallucination, à la rencontre de ses mondes infantiles. Une prouesse à partir de ces personnages bibliques!


Lors d'un moment sidérant de la mise en scène, nous voyions en fond de scène un décor de montagne qu'escaladaient plusieurs personnages d'alpinistes. Ils étaient réellement harnachés et balançaient leurs jambes tout en étant hissés vers le haut de la montagne. Leurre du théâtre, oui... Mais  la surprise a tout fait basculer d'un coup dans l'effroi: voilà qu' ils avaient dépassé le sommet de la montagne! Ils continuaient leur ascension infinie dans le ciel, dans le décor du ciel! Et le temps que je prenne conscience de ce dépassement, voilà que la montagne elle-même se détachait, se renversait,  se retournait comme un gant, sans pour autant offrir un intérieur au lieu d'un extérieur, sans qu'aucun repère ne puisse nous rassurer sur ce qui s'était montré là!


Tous ces retournements! Tous ces mouvements dangereux ou inquiétants, même s'ils signifient aussi des ouvertures possibles!


Et puis ces dernières semaines, le Musée du Jeu de Paume nous offrait à Paris l'exposition "Soulèvements" à prendre dans tous les sens du terme, politique, physiologique, géologique esthétique, etc. Quelle magnifique idée! Très approfondie dans les textes du catalogue, notamment par Georges Didi-Huberman, initiateur de l'exposition. Cette thématique est venue relancer et enrichir pour moi celle du retournement.


Un des chapitres de son texte pour le catalogue s'intitule "S'élève un geste". J'y ai entendu la résonance du travail de Jean-Max Gaudillière à partir de "Un enfant se lève" (cf de nombreux articles de ce blog sur le travail accompli avec son séminaire coanimé par Françoise Davoine).


A partir des mouvements du corps et des gestes de soulèvement, Didi-Huberman propose de faire différents liens notamment avec les "images survivantes" de l'historien de l'art Aby Warburg (dont parlaient souvent Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière): "Les gestes se transmettent, les gestes survivent malgré nous."


Et il rend hommage à la capacité d'Aby Warburg d'élaborer "une théorie du renversement des valeurs appliquée à la sphère culturelle en général". Tous ces textes évoqués ici et dans le catalogue sont exigeants mais fort stimulants si l'on peut s'y plonger, alors que l'exposition est terminée!


Images, corps, gestes, langage... Cette approche thématique a quelque chose de particulièrement vif, quand on se laisse aller à éprouver ses effets en nous. Elle peut susciter un embrasement d'idées, une floraison d'associations entrant en résonance avec nos propres recherches, notre propre sensibilité, notre mémoire. Comme un soulèvement de vagues qui vous emporte au bord de rivages à découvrir ou redécouvrir...    



vendredi 19 août 2016

Tim/Dreyfus et la prison

En relisant des passages du livre de Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière Histoire et trauma paru Chez Stock en 2006, j'ai la surprise de découvrir p.65 une note à laquelle je n'avais pas prêté attention lors de ma première lecture. Mais elle a bien dû faire son chemin à mon insu.



Cette note intervient dans un développement sur l'aveuglement de la jeune psychanalyste d'alors par rapport à la place de la guerre dans le parcours d'un de ses patients. Elle n'entendait pas de quelle guerre il parlait, dans une confusion, de lui croyait-elle,  entre les guerres de 14 et de 40, à propos du camp de concentration de Holzminden en Lorraine. (On peut trouver sur internet un article fort instructif sur ces camps mal connus de la guerre de 14, rédigé par Claudine Wallart, Conservateur en chef du Patrimoine aux Archives départementales du Nord).



Françoise Davoine rappelle dans ce passage, à l'appui de sa cécité d'autrefois, ("la guerre de 14 n'était pas encore revenue à la mode"), le contexte général de méfiance par rapport à l'armée encore "salie"  par l'affaire Dreyfus  et elle cite l'ouvrage de Marc Bloch L'étrange défaite écrit et publié en 1940. Cet historien avait été le fondateur avec Lucien Fèbvre de la revue des Annales, à l'origine de l'Ecole pratique des hautes études, devenue l'EHESS.


La note indique que La maison des sciences de l'homme, siège de l'EHESS, fut construite à l'emplacement de la prison du Cherche-midi, celle précisément où fut incarcéré le Capitaine Dreyfus et où eut lieu son premier procès en 1894. (Voir l'article de Delphine Mélet sur "La prison militaire du Cherche midi à Paris" disponible sur internet).



En lisant cette note je comprends que l'emplacement pour la statue de Dreyfus, réalisée par Tim, n'avait pas été choisi seulement par défaut. La place sur laquelle elle s'érige se situe donc sur le boulevard Raspail non loin des deux sites de l'EHESS. Mais curieusement, dans mes lectures rapides faites à l'occasion de l'écriture de mon article pour ce blog (cf 9 Janvier 2016 "Tim et ses engagements"), l'explication du choix de cet emplacement n'était pas donnée. Je l'aurais sans doute trouvée si j'avais fait une recherche plus approfondie à son sujet. Mais mes articles du blog étant plutôt des pistes de travail allusives, dans un premier temps, je n'avais pas poursuivi au-delà.


La joie éprouvée à cette découverte m'a interpellée. Bien sûr, elle enrichit mon travail mais sans doute la joie vient-elle d'ailleurs. En effet elle m'est arrivée à l'occasion d'une relecture d'un texte écrit par ces deux analystes qui tenaient séminaire précisément à l'EHESS jusqu'en 2015 année de la mort de Jean-Max Gaudillière.


C'était comme un clin d'oeil traversant la mort, un lien de travail à travers le temps, un effet de transmission. Et il se trouve que j'ai voulu relire des passages d' Histoire et trauma dans le cadre de recherches précisément liées à l'oeuvre du psychanalyste W.R.Bion, grand orfèvre des questions de temporalité psychique. Jean-Max Gaudillière nous en parlait souvent au séminaire de l'EHESS tout en déployant à partir de lui sa propre créativité.



D'un chercheur à l'autre, d'une recherche à l'autre, c'est ainsi qu'à l'occasion d'une exposition sur Moïse au Musée d'art et d'histoire du judaïsme, j'ai été conduite vers le Capitaine Dreyfus, puis vers l'oeuvre du sculpteur Tim, sa participation au quartier des monuments des camps de concentration et d'extermination nazis au cimetière du Père-Lachaise et aujourd'hui vers l'histoire de la prison du Cherche midi. Mais peut-être y aura-t-il encore d'autres ramifications...

vendredi 12 février 2016

Avec Gérard Garouste et Anselm Kiefer.


Les livres brûlés, Gérard Garouste
Deux artistes qui s'appuient sur un travail érudit à partir de textes, de la mythologie, de la Bible, de la littérature, de la philosophie; mais surtout des textes de la tradition juive, alors qu'ils ne sont juifs ni l'un ni l'autre. L'un est héritier d'un père nazi, l'autre, d'un père "collabo", selon ses termes.


Leur art est pris dans cet héritage, un héritage d'antisémitisme qui leur a fait prendre le contrepied absolu: apprendre l'hébreu, travailler la Kabbale, le Talmud, la Bible ou, comme disait Gérard Garouste lors d'une conférence récente donnée à l'Institut Monsouris de Paris: après avoir d'abord aperçu la complexité du travail sur la Kabbale, s'être ensuite penché sur le Talmud, il s'est finalement dit: "Pourquoi ne pas simplement lire et étudier la Bible?"


Anselm Kiefer dont les oeuvres sont exposées encore au centre Beaubourg, intègre dans son travail les données de la culture et de l'histoire allemande. Il mobilise la culture allemande dans toutes ses dimensions, historiques, mythologiques, philosophiques et politiques à la fois, en y intégrant la Shoah mais sans s'y fixer. Celle-ci se trouve comme infiltrée, dans ses oeuvres, par de multiples références autres, elle est impossible à oublier, à ne pas voir, mais elle est située parmi d'autres.  Les regardeurs connaissent ou reconnaissent éventuellement cette multiplicité de références mais pour ma part, c'est l'émotion qui a gagné la partie alors que mes connaissances ne me donnaient pas un accès évident à tout ce bagage érudit.


Waterloo, Waterloo et la terre tremble encore, Anselm Kiefer 1982
Cette oeuvre génère une quantité de discours, sans doute sollicités par ceux de l'artiste lui-même sur ses créations. Du coup s'y joignent un amoncellement de mots, d'explications, de tentatives de maîtriser l'oeuvre intellectuellement alors qu'il ne s'agit pourtant pas de traités didactiques, malgré l'érudition de l'artiste, mais d'oeuvres d'art, précisément.


Fortement ébranlée par cet art, je me suis vite sentie presque saturée par ces discours, malgré tout le plaisir que j'avais eu précédemment à lire les commentaires de Daniel Arasse; et j'ai éprouvé violemment le risque qu'ils viennent tendre un cache sur ce que cette oeuvre pourrait, peut, adresser à chacun d'entre nous, d'où qu'il vienne et quelle que soit sa culture.


A l'exposition de la BNF, où je me suis rendue peu avant la fermeture, les conférenciers se succédaient, expliquant, et faisant même deviner, ce qu'il "fallait" voir ou comprendre... (écho, pour moi, de mes cours de philosophie sur le "Mythe de la caverne" de Platon, que j'ai évoqués dans Rue Freud ). Il "fallait" voir, par exemple, dans le dispositif de l'exposition, la forme d'une cathédrale invitant à être réceptif au caractère sacré du travail d'Anselm Kiefer sur le livre. Discours sans aucune conséquence  sur la disposition dans laquelle semblaient être les auditeurs, plus ou moins excités par ces jeux de devinettes. Discours sans doute trop extérieur, trop pris dans un savoir supposé clos ou dans une affaire d'initiés.



Peu après, alors que je profitais d'un moment où le tableau "Le livre" était visible en son entier, libre de tout spectateur, une femme se mit à déambuler devant, sans aucune attention à l'oeuvre ni aux regardeurs, seulement retenue par un appel sur son téléphone portable... Il faut dire que le tableau en question a la dimension d'un immense mur... (Cf ci-contre "Le livre", 2007).


Le caractère sacré s'y trouvait une fois de plus dérisoirement bafoué  par cet usage permanent de la connection; usage qui gangrène tout rapport à la présence, et ici en particulier au présent de l'espace-temps proposé par l'artiste.  Et j'ai dû insister en haussant le ton plus que je n'aurais voulu pour que cette "indéconnectable" m'entende enfin lui demander d'aller téléphoner ailleurs...

 
Les dispositifs d'exposition apparaissent parfois provoquer bien des effets incroyablement décalés par rapport à la charge des oeuvres! Celui de la BNF pourtant était remarquable et choisi par Anselm Kiefer: invitant chaque visiteur, comme le fait l'oeuvre elle-même, à entrer en résonance avec la dimension de l'Histoire tout autant qu'avec sa plus secrète intimité.


Lors de la conférence donnée par Gérard Garouste à l'Institut Monsouris et dans le débat qui a suivi, l'artiste, racontant son parcours avec la tradition juive et les symboles insérés dans ses tableaux, insistait pourtant sur le fait qu'il ne savait pas comment interpréter ses choix subjectifs. Il ne rentrait pas dans ce procédé qui consiste à tenter d'expliquer l'oeuvre par des références  ou des interprétations, comme on l'y invitait. En somme, il nous indiquait que nous, regardeurs, nous pouvions donner libre cours à nos associations sur les tableaux. C'était notre affaire, pas la sienne. Et pourtant, ses tableaux procèdent aussi d'une très grande culture, d'un vrai travail d'érudition. Mais au lieu de nous expliquer son oeuvre, il nous a raconté un parcours.


Le hasard m'ayant donné accès à nouveau à ces deux créateurs coup sur coup, j'ai eu plaisir à les trouver reliés dans certains commentaires, et surtout à continuer mon chemin avec leur oeuvre:

chemin commencé, pour Anselm Kiefer, avec ses variations sur la femme de Loth qui m'invitèrent à prolonger mon parcours associatif sur les chemins qu'ouvrent ce motif de pétrification du regard en arrière (cf articles du blog "L'oubli en un clin d'oeil", 18/04/2014, "Celle sur laquelle se retourner avec Anselm Kiefer", 31/01/ 2014 ...); motif associé désormais pour moi à la suspension du temps dont Jean-Max Gaudillière nous parlait à propos du trauma (cf articles du blog sur le séminaire qu'il tenait avec Françoise Davoine à l'EHESS). Et pour Gérard Garouste, chemin poursuivi avec Cervantès, lors de sa dernière exposition chez Templon (cf article du blog du 12/02/2014 intitulé "Garouste aux mille et un visages"). Ci-contre: buste de Don Quichotte aux trois visages qui me fit revenir en arrière...


Il m'est apparu que ce travail patiemment poursuivi par les créateurs et invitant en permanence les regardeurs à l'étonnement, n'était pas sans lien avec mon rapport rêvé à la lecture de textes psychanalytiques. Oui, il faudrait pouvoir les lire comme des oeuvres d'art, en s'autorisant à lâcher la maîtrise intellectuelle, le plus souvent d'abord sollicitée et nécessaire, pour laisser le champ ainsi balisé par elle à la mouvance des associations et à cette "pénombre associative" dont parlait le psychanalyste anglais Bion; toute tentative de pétrification du savoir paraissant dérisoire dans le champ psychanalytique comme dans le champ artistique.

mardi 10 novembre 2015

Possibles futurs, Guillevic


Il est des rencontres précieuses, imprévues, inédites. Sur la table du libraire, un titre m'arrête, qu'on dirait tout droit issu des écrits du psychanalyste Bion... et qu'aimait peut-être Jean-Max Gaudillière: "Possibles futurs".


C'est le dernier recueil de poèmes de Guillevic publié de son vivant (il est mort en 1997). Ce recueil vient d'être réédité avec une nouvelle préface de Michael Brophy dans la collection Poésie Gallimard. Et en le feuilletant j'ai décidé de me plonger dans l'oeuvre de ce poète qui restait dans ma mémoire en attente d'être reconnue.


Ces "Possibles futurs" ouvrent des voies poétiques liées à la vieillesse du poète mais surtout à ce qui se parle en lui de l'espace-temps depuis toujours. On peut trouver sur internet plusieurs videos dont une où il est interrogé par Pierre Jakez Hélias, le célèbre conteur breton. Certains de ses poèmes y sont lus. Et des merveilles nous sont dites, comme ce vers-là à propos de son village: " Entre le bourg et la plage, il y avait sur la droite une fontaine qui n'en finissait pas de remonter le temps." Guillevic y parle de l'eau qui ne bouge pas et pour lui "la fontaine est aussi comme une ouverture sur l'origine."

Il y évoque son rapport à l'histoire: "J'ai toujours dit que j'ai vécu plus dans la préhistoire que dans l'histoire, ce qui ne m'empêche pas d'avoir des positions politiques." Et l'interview se déroule dans le site des menhirs de Carnac où il est né:  "J'essaye de vivre la vie des rocs."


L'art poétique de Guillevic est un travail avec l'espace-temps: "Le poème est comme un port où la durée s'arrête... Le poème est un moment vertical par rapport à la durée. "


En écoutant et en regardant cette video, je suis frappée de ce que ce poète parle d'une façon aussi forte qu'il écrit. Ce qu'il essaye de formuler à son interlocuteur, lui-même nourri des contes et grand attentif à la langue, est de la même veine qu'un poème. Il pense et donne forme à ce qu'il dit presque dans le même temps.


Ce film le restitue magnifiquement car à cette époque on aimait, dans certains medias, voir et entendre naître une pensée. Et sur ce plan, les tentatives faites par le psychanalyste W.R.Bion pour formaliser la naissance des pensées, et leur parcours dans le travail d'un analyste, m'apparaissent entrer particulièrement en résonance avec cet art poétique.



jeudi 20 août 2015

Temps, lien et destruction

Ces mains m'ont immédiatement fait penser au travail et au lien des psychanalystes Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière (décédé il y a quelques mois), auxquels je me réfère souvent sur ce blog. Elles proviennent d'une stèle attique datant du 4ème siècle avant JC.


La permanence de ce  geste de mains, qui se joignent -ou se disjoignent, on ne sait- appelle, en quelque sorte, le temps dans toutes ses dimensions. Elle maintient inscrite dans le marbre une longue histoire feuilletée: celle des Grecs dans leur antiquité, celle de l'art et des guerres politiques, si étroitement entremêlés jusqu'à nos jours dans de nombreuses sociétés, celle de ces deux personnages sculptés, suffisamment importants sans doute pour avoir été pris comme modèles d'une œuvre d'art, incarnant un symbole essentiel du lien.


Ces mains disent le mouvement de ce lien symbolique dans la longue durée et au-delà des destructions multiples qui l'attaquent continuellement. Il maintient  une permanence à plusieurs niveaux, à travers les transformations du monde, des sociétés, et  du rapport de celles-ci aux œuvres d'art.


Je ne dispose pas de renseignements suffisants actuellement sur ce fragment pour approfondir mes hypothèses avec les apports de l'histoire de l'art, mais la légende de la carte postale évoquant une "stèle" fait penser qu'il peut s'agir d'une stèle funéraire. Ceci confirmerait encore la configuration singulière de cette représentation du travail des temps telle qu'elle nous parvient, à travers une oeuvre funéraire, sa conservation malgré sa destruction, sa photographie et son exposition actuelle dans un Musée. 


En effet, ces mains sont exposées à Athènes, au Musée de l'art des Cyclades, tout près de la place Syntagma où se manifestent particulièrement les débats politiques de la Grèce d'aujourd'hui.


Elles me semblent donner une représentation saisissante du temps feuilleté dont parlait Jean-Max Gaudillière dans son séminaire à propos des œuvres créées dans le temps du trauma; œuvres superposant les temps et même les imbriquant selon une logique difficile à déchiffrer à laquelle il tentait de nous rendre réceptifs.


Cette représentation d'une permanence possible du lien dans l'imbrication des temps, face à l'attaque permanente dont il est l'objet, peut aussi se lire psychiquement en relation avec la relecture que faisait Jean-Max Gaudillière du travail de W.Bion sur les liens psychiques et le temps.


lundi 4 mai 2015

Otto Dix et le défi de la représentation de la violence extrême

Avec les commémorations de la guerre de 14-18 les expositions organisées un peu partout en France et en Europe nous ont donné l’occasion de réinterroger les positions de nombreux peintres envoyés sur le front, volontairement ou non. L’historien d’art Philippe Dagen, auquel j'ai fait référence sur ce blog, s’est depuis longtemps interrogé sur ce qu’il considère comme « le silence des peintres » par rapport à la représentation de l’extrême violence de la guerre de 14, alors qu'elle s'étalait dans les magasines et dans les écrits de l'époque.


Il se trouve que les problèmes soulevés par cette représentation ont taraudé beaucoup d’artistes, s’ajoutant au traumatisme issu de leur exposition à ces violences extrêmes sur le front. Beaucoup n’en sont pas sortis indemnes, psychiquement, et ils en ont parfois perdu aussi leur capacité à peindre.


D’autres se sont battus pour relever ce « défi de la représentation » , expression utilisée dans l’exposition du Louvre-Lens. Défi aussi parce que vouloir transmettre quelque chose de cette expérience humaine extrême, c’est risquer, ainsi  que l’ont vécu ensuite beaucoup de rescapés des camps de la seconde guerre mondiale, de s’exposer à une nouvelle violence: celle de ne pas être entendu, voire d’être rejeté pour vouloir en porter témoignage et du coup s'en trouver identifiés à cette violence.


Dans ce registre, la violence en retour des réactions contre le travail du peintre allemand Otto Dix, en particulier, a quelque chose de sidérant, après-coup. Réactions sur tous les fronts! Réactions des administratifs, des politiques, tout autant que des artistes, critiques et mondains. Puis rejet des nazis et exclusion de sa charge d'enseignement à Dresde. Otto Dix, traqué, a mené son chemin, vaille que vaille. Il a vécu des périodes de retraite, d'exil intérieur et s'est aussi réfugié à l'étranger. Il a cherché, exploré, tenté de trouver une forme, des formes, à donner à son expérience de la destruction de toute forme… (Cf ci-dessus son autoportrait en uniforme, datant de ses débuts au front en 1914, conservé à Stuttgart).


Après l’expérience du front sur lequel il s’est engagé volontairement, il s’est confronté à l’épreuve du temps. Il avait d’abord dessiné et peint sur des cartes postales au front. Il avait commencé par des études sur le vif, parfois minutieuses, et des autoportraits de styles divers, martial, naïf, ou suscitant la dérision. Il avait exploré différents styles, notamment en passant du réalisme à un style cubo-futuriste, qui peut évoquer les humains robotisés des dessins de Fernand Léger. 


Danse macâbre Anno 17
Dans certains écrits, il parle  des trous d’obus dans les villages: «Ils expriment une rage élémentaire. Ce sont les orbites de la terre; autour d’eux tournoient des lignes follement douloureuses, fantastiques. Ce ne sont plus des maisons, nul ne peut le prétendre. Ce sont des créatures vivantes d’un genre particulier, avec leurs propres lois et modes de vie. Ce sont des trous, sans rien d’autre que des pierres ou des squelettes. Il y a là une beauté singulière et rare qui nous parle. »   


Cette "beauté singulière" en a troublé plus d’un! Otto Dix essaye d'abord de transcrire tous ces effets mêlés. Puis à partir des années 20, de retour à Dresde, il revient après-coup sur ses premiers dessins, il change encore de style. Il ose des œuvres directement antimilitaristes. Et il peint des tableaux comme « La tranchée » qui causera une vive polémique. En 1924 il publie la fameuse série de planches intitulée « La guerre ». 


C'est donc en plusieurs temps qu'il élabore ses représentations de la guerre. Sur une longue durée, comme tous ceux qui ont eu besoin de traverser psychiquement des temps successifs par rapport à leur expérience du trauma. Il fait une recherche de réalisme qui s'avèrera insupportable à bien des spectateurs, travail appuyé après-coup sur de la documentation, des études de cadavres à la morgue et sur ce que son expérience personnelle de la guerre métabolise peu à peu en lui, psychiquement. Sa peinture est alors jugée même "criminelle". C’est ainsi que la qualifie, par exemple, le critique Ernst Kallaï, cité par Philippe Dagen: « C’est une création réactionnaire car vouée à l’horreur, la destruction, où l’artiste se laisse hypnotiser par le caractère monstrueux de l’ignominie. » 



Les mouvements d'Otto Dix par rapport à son travail d’artiste après la guerre, témoignent, me semble-t-il, de la force avec laquelle il ne s'en est pas tenu à un "arrêt du temps", comme aurait dit Jean-Max Gaudillière, à une sidération première due au trauma, puisqu'il est revenu constamment sur cette expérience en la transformant dans ses styles successifs.


Le risque de la fascination, la sensation même d’une certaine beauté, quant à eux, ne sont pas étrangers aux témoignages multiples de combattants confrontés au pire, témoins de tortures, par exemple, et s’interrogeant après-coup, comme certains appelés de la guerre d’Algérie, sur leur impossibilité d'alors de bouger, de crier, de se sauver devant ce spectacle!  Cf ci-contre: "Cadavre dans les barbelés", 1924, eau-forte sur papier exposée au Louvre-Lens.


Pour s’en sortir, il faut une sacrée audace, une force dont certaines victimes ont témoigné même après-coup, permettant à tous les autres, n’ayant pas cette expérience directe, de laisser éventuellement résonner en eux ce qu’elle peut provoquer. C’est parfois si insupportable que certains se retournent alors contre ceux qui osent aborder ces tréfonds de la vie humaine... Retournement sur l'autre, contre l'autre, de la violence faite à nous-mêmes par ce qu'il nous révèle de nous-mêmes en s'exposant lui-même... Autre variante de l'interdit de se retourner, travaillé dans "Rue Freud"...


Le résultat du travail d’Otto Dix est saisissant! N’y a-t-il pas là une vraie œuvre de transmission? Tout autre chose qu’un enfermement dans un trauma inélaborable, impartageable, ou dans une fascination enfermante? Une oeuvre qui permet à celui qui la découvre, comme j'avais pu le faire à l'Historial de Péronne voilà des années, de se sentir différent après l'avoir reçue. Ne lui sommes-nous pas redevables de savoir nous conduire en ces bords insupportables de l'humain?


(Voir aussi le livre de Philippe Dagen "Le silence des peintres", le livre de l'Historial de la grande guerre "Otto Dix. La guerre", 2003, (reproduisant les 50 planches de la série) ainsi que les articles de ce blog, notamment  "La passion de Reims", "Le silence des peintres?", "La galerie du temps").

jeudi 16 avril 2015

Retours à W. R.Bion… mais pas en arrière...



Bion et Lacan furent contemporains. Ils se rencontrèrent même, mais le premier n’eut pas en France l’aura du second. Il était alors peu connu mais resta longtemps mal traduit (de l’anglais au français). Cependant aujourd’hui sa célébrité gagne du terrain parmi les psychanalystes en France, grâce aux travaux de pionniers qui depuis longtemps explorent les travaux de Bion, s’en nourrissent et les transmettent; grâce aussi à de nombreuses traductions françaises disponibles désormais, notamment aux éditions du Hublot et aux éditions d’Ithaque et à des numéros de revues comme celui que "Le Coq héron" a consacré à Bion en 2014.


Parmi les transmetteurs de la pensée de Bion en France, le regretté Jean-Max Gaudillière, toujours prêt, lors de son séminaire à l’EHESS animé avec Françoise Davoine, à rappeler les travaux du psychanalyste anglais notamment sur la temporalité, sur sa capacité à se mouvoir avec les feuilletages du temps manifestés dans la vie psychique de certains patients ou encore sa volonté d’essayer d’écrire sous différentes formes quelque chose de ce qu’il tentait de faire dans sa fonction d’analyste.


Les titres des ouvrages de Bion sont sur ce point bien évocateurs et peu conventionnels, comme celui-ci  A Memoir of the Futur  traduit par Jacqueline Poulain-Colombier en  Un mémoire du temps à venir  (Editions du Hublot ), titre français encore insatisfaisant cependant pour Jean-Max Gaudillière. 


Ce transmetteur de la pensée de Bion nous citait volontiers des phrases de ses Mémoires de guerre, puisque Bion avait été engagé volontaire sur le front de la guerre de 14 à l‘âge de 18 ans; expérience fondatrice qui l’avait  déjà obligé à expérimenter de nouveaux rapports au temps, notamment en raison du traumatisme vécu.


Jean-Max Gaudillière insistait souvent sur les conditions dans lesquelles ces notes de Bion, prises sur le front dans un souci d’exactitude à l’intention de ses parents puis perdues, furent réécrites « de mémoire » pour eux. Mais cette réécriture se fit en plusieurs temps et avec des ajouts écrits bien après la guerre qui forment les différentes parties de la publication finale. 


Celle-ci fut établie après la mort de Bion par Francesca, sa femme. Bion était revenu en effet sur le terrain avec elle, quarante ans après la guerre et c’est ce qu’il raconte dans la partie des Mémoires de guerre  intitulée « Prélude ». Ces écritures hétérogènes contiennent aussi une partie « Commentaires » dans laquelle Bion se dédouble en Bion et « moi-même », tentative d‘écriture de la temporalité de la vie psychique post-traumatique. 


 C’est ce même feuilletage des temps que l’on retrouve dans d’autres textes notés d’abord en périodes totalitaires comme la collecte des rêves de Charlotte Beradt faite sur le vif, « sous le troisième Reich ». Cette collecte fut rassemblée plus tard en un article alors que Charlotte Beradt vivait aux États-Unis puis elle fut à nouveau laissée de côté devant le peu d’écho reçu. 


Finalement la publication se fit en Allemagne, augmentée d’une élaboration après-coup (traduite en français sous le titre « Rêver sous le troisième Reich ». Cet ouvrage fut également travaillé par Jean-Max Gaudillière au cours de son séminaire ainsi que d'autres, tout aussi marqués par ces temporalités du trauma, comme les tentatives successives d’écriture de Kurt Vonnegut sur lesquelles le séminaire a porté au cours de l’année 2013-2014 et auquel j’ai fait plusieurs fois référence sur ce blog. 



Dans l'actualité de Bion en France, un livre vient de sortir aux éditions Campagne première, La psychanalyse avec Wilfred R.Bion, de François Lévy, auteur par ailleurs d‘une préface importante aux  Séminaires cliniques de Bion parus chez "Ithaque". Son ouvrage fait un effort pédagogique pour inciter le lecteur à aborder les textes de Bion avec quelques repères. 


En effet, ceux-ci sont parfois difficiles à lire mais surtout de genres très différents, au point qu’on peut se demander si c’est le même Bion qui peut écrire de façons si diverses. D’ailleurs dans A Memoir of the futur, il nous présente des personnages différenciés, comme sur une scène de théâtre, tels plusieurs Bion qui se parleraient entre eux! Il faut savoir que ce psychanalyste n’était pas sans humour…


Pour aborder la folie, la psychose, le trauma, une écriture trop linéaire ne pouvait satisfaire l‘explorateur infatigable qu’était Bion. Il s’est risqué à une autre écriture, à d’autres écritures, aboutissant  à une œuvre plutôt hétérogène. Sans doute était-ce le prix à payer pour faire saisir, à lui-même comme au lecteur psychanalyste, la nécessité de se risquer pour aller à la rencontre des patients aux prises avec leur part psychotique ou saisis de délires liés au trauma. 


Le risque de l’écriture apparaissant du coup au même titre que celui de l’exercice de la fonction de psychanalyste. Ces risques-là sont aussi le cœur de ce que nous avaient transmis ensemble à l’EHESS, Jean-Max Gaudillière et Françoise Davoine.

vendredi 20 mars 2015

Pour Jean-Max Gaudillière

Le psychanalyste Jean-Max Gaudillière n'animera plus avec Françoise Davoine à l'EHESS le séminaire "Folie et lien social", emporté lui aussi par le cancer le 19 Mars 2015. Son élaboration de ces dernières années s'était, semble-t-il, encore aiguisée avec l'expérience de la maladie, de l'hospitalisation, de la réanimation. Et il a poursuivi jusqu'au bout ce travail de transmission, partagé avec les participants du séminaire.


Les liens se faisaient constamment entre tous les secteurs de son expérience et de sa vie, caractéristique de la pensée qu'il partageait avec Françoise Davoine, sa femme, et qu'on retrouve plus particulièrement dans certains de leurs écrits.  

 
La question de la temporalité et de ses mouvements singuliers avec le trauma le tenait singulièrement. Au séminaire, il nous en a transmis les dynamiques, traduites si bien, selon lui, dans certaines oeuvres de rescapés de situations de guerre. En particulier lors de l'année 2013-2014, à partir des ouvrages du romancier Kurt Vonnegut. (J'en ai rendu compte sur ce blog, notamment dans les articles "La femme de Loth en guerre", "De la femme de Loth à sa femme de sel", "La femme de Loth et l'exigence du respect").


Parler de dynamique dans le trauma peut sembler paradoxal mais ce que le trauma fige, dans un premier temps, se trouve toujours présent et actif psychiquement, même souterrainement. Jean-Max Gaudillière avait l'art d'en traquer les traces, les effets, chez ses patients, ou plutôt de se rendre réceptif à ce que ces traces éventuelles éveillaient en lui à partir de ce qu'il percevait comme un arrêt du temps dans le trauma. D'où une lecture de certaines oeuvres littéraires, mais aussi de la clinique psychanalytique, toujours liée à la situation transférentielle engagée avec elles à partir du trauma ou de la psychose. 


Son oeuvre de transmission est inséparable de celle de Françoise Davoine. Ils élaboraient ensemble et  étaient un exemple de couple animé par une recherche commune, même si leurs styles étaient différents ainsi que leur rapport à l'écriture.



Ils savaient l'un et l'autre accueillir la recherche d'autrui et se nourrir des travaux menés hors de nos frontières françaises. Pour ma part, ayant eu la chance d'avoir reçu cet enseignement à deux têtes, je continuerai, comme bien d'autres, à m'en faire héritière, à ma façon. 


Je me réjouis d'avoir eu l'occasion de proposer la participation de ces deux psychanalystes à la revue de la Société de Psychanalyse Freudienne, "Les Lettres", pour le numéro 28, 2012, intitulé "La guerre sans trêve". Leur article s'intitule "Psychanalyse de guerre". Et ils avaient accepté de venir débattre ensuite avec d'autres auteurs à la "lettrée" consacrée à ce numéro.


Parmi les publications de Jean-Max Gaudillière, les livres écrits et signés avec Françoise Davoine:
Histoire et trauma La folie des guerres, Stock, 2006 (d'abord publié à New York en 2004); A bon entendeur, salut! Face à la perversion, le retour de Don Quichotte , Stock, 2013.